
Ce polyptique étant complexe, je vais me concentrer sur le martyre de Saint-Antoine (voir la première image "panneau ouverture complète").
Au centre, se trouve le panneau présentant l'ouverture complète avec trois sculptures de saints au centre.
-Saint Antoine se trouve au centre de la composition
-Saint Augustin est figuré à la droite de Saint Antoine
-Saint Jérôme se trouve à la gauche de Saint Antoine
A gauche du panneau sculpté se trouve la visite de Saint Antoine à Saint Paul Ermite.
On peut faire un parallèle avec le tableau de Claude Vignon (école de) conservé au Louvre, du XVIIe siècle. Saint Antoine à droite est représenté chétif (La Bible et les saints, Larousse p. 34).
La lumière vient frapper Saint Paul (à gauche de la composition), apportant un manuscrit à Saint Antoine.
Le fond est matérialisé par un dégradé de bruns rappelant les tableaux de Zurbaran. Je pense ici au Saint François de Zurbaran (1598-1664) rattaché au maniérisme (de l'italien "maniera" ou "à la manière de") et fortement inspiré par Caravage (1571-1610), composé entre 1658 et 1660.
Penchons nous sur l'agression de Saint Antoine par les démons (détail). La deuxième photo mentionne la "Tentation de Saint Antoine. En réalité, cette scène nous montre les voluptés terrestres. Cette scène est double car elle figure les démons envoyés à Saint Antoine pour le tourmenter.
A gauche de Saint Antoine, on voit un personnage souffrant d'ergotisme, au ventre gonflé.
Le retable d'Issenheim
Apprenez à re-connaître un "chef d'oeuvre" de l'histoire de l'art
Le connaissez vous vraiment ? Je vous propose une analyse de ce retable iconique.
Actuellement conservé au musée Unterlinden à Colmar, ce retable est absolument emblématique.
Un jour, des touristes ont demandé à ma mère où se trouvait Issenheim. Ils voulaient voir le retable. Maman leur a dit que le retable se trouvait au musée. Qu'est-ce qu'on a ri.
Ce retable est un polyptique (du latin tardif "polyptychum" et du grec ancien "poluptuchoi" signifiant "tablettes d'un grand nombre de feuilles") représentant des scènes de la vie du Christ et de Saint Antoine.
Il est de la main du peintre Matthias Grünewald (1475-1528) et de Nicolas de Haguenau (1445-1538), sculpteur, pour la partie sculptée (autour de 1490). Pour faciliter le travail des historiens de l'art, on le classe dans le "Gothique tardif".
Le retable est en restauration permanente depuis les années 70. La restauration est confiée au laboratoire C2RMF (laboratoire de restauration du Louvre). Cette restauration est en cours depuis 2011.
1) Historiographie
-1512-1516 : Le retable est réalisé pour la commanderie ou préceptorerie des Antonins d'Issenheim. Le retable est en bois de tilleul. Des études de dendrochronologie ont montré que le panneau de bois était coupé parallèlement aux cernes de bois.
-1793 : Démonté et entreposé à Colmar, lors de la Révolution, au musée national (ancien collège royal des jésuites). Il ornait le maître-autel de la préceptorerie (charge de précepteur chez les Templiers et les chevaliers de Malte notamment).
Le retable est conservé dans la commanderie jusqu'à la Révolution.
-1853 : Transféré au musée Unterlinden.
-Première Guerre Mondiale : Le retable est placé dans la salle blindée d'une banque.
-13 février 1917 : Transféré à Munich pour restauration. L'Alsace est allemande.
-Septembre 1919 : Retour au musée de Colmar.
-1939 : Caché au château de Lafarge (près de Limoges), puis au château de Hautefort (Périgord).
-Armistice de 1940 : Transféré au château du Haut-Koenigsbourg, en secret.
-1944 : Découvert par l'armée américaine, il retourne à sa place le 8 juillet 1945.
-1974 : Mention dans les archives du C2RMF.
-Le gothique "tardif", c'est quoi ?
On peut se demander si le qualificatif "d'oeuvre d'art totale" est opportun, car il s'agit d'un retable du gothique tardif (voir l'introduction du dossier de presse du retable sur le site du musée Unterlinden).
Au cours de vos recherches, vous lirez différents adjectifs qualifiant le gothique "tardif", "flamboyant", ou phase "tardive". Les historiens de l'art, ne sont pas tous d'accord concernant le qualificatif.
Thomas Flum, dans son article mentionne différentes approches.
Jan Białostocki (1) qui évoque une période "décadente", une époque "bourgeoise" ou un style "courtois", ou emploie le terme "Renaissance du Nord". Georges Duby (2) met l'accent sur la "force visuelle", sur "l'effet psychologique". Flum parle "d'une époque intermédiaire entre le gothique et la Renaissance".
2) Comment est structuré un retable ?
Le retable est un polyptique à double volet composé de panneaux de bois et d'une caisse sculptée (voir Margot Carette, Les aventures mouvementées du retable d'Issenheim). Ce fameux caisson réalisé par Nicolas de Haguenau est antérieur aux panneaux peints.
Un polyptique est "l'ensemble de panneaux peints et/ou sculptés représentant des scènes religieuses, destinés à prendre place au dessus de l'autel (voir sitographie, Panorama de l'art).
Le retable fermé montre la crucifixion.
BIBLIOGRAPHIE
-Ouvrage édité par le musée Unterlinden
-Flum, Thomas. « Le gothique tardif et la visibilité des époques ». Qu’est-ce que l’architecture gothique ?, édité par Arnaud Timbert, Presses universitaires du Septentrion, 2018, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.29736.
(1) Jan Białostocki, « Late Gothic. Disagreements about the concept », The Journal of the British Archaeological Association 29, 1966, p. 76-105.
(2) Georges Duby, Le temps des cathédrales. L’art et la société 980-1420, Paris, Gallimard, 1976, p. 227.
GLOSSAIRE
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SITOGRAPHIE
-La restauration du retable d'Issenheim, document pdf de 25 pages, éditorial par Pantxippa de Paepe, ancienne directrice du musée Unterlinden et Thierry Cahn, président de la société Schongauer : 2022_03_DOSSIER_PRESSE_RETABLE_VV_FR_WEB-1.pdf
-Les aventures mouvementées du Retable d’Issenheim - Lillomusées Université de Lille par Margot Carette
Claudie Zehnacker, Tous droits réservés, 2016
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